Œuvre

Caroline Monnet
Lot #X - Front de la Rivière Désert
2018

Catégorie :
Techniques mixtes
Date de production :
2018
Matériaux :
Pyrogravure sur bois
Dimensions :
130,5 x 304,6 x 3,4 cm
Description :

Lot #X - Front de la Rivière Désert est une œuvre qui active le regard autant qu’elle interpelle la mémoire et l’histoire. Au moyen de la pyrogravure, Caroline Monnet réalise une trame de motifs géométriques sur une grande surface de bois. Ces lignes et motifs sont obtenus par un travail minutieux de brûlures sur du cèdre blanc, aussi connu sous le nom de thuya occidental, un arbre indigène du territoire canadien considéré comme sacré par les Premières Nations. L’œuvre combine des motifs inspirés de la tradition graphique autochtone, transmise de génération en génération par ses ancêtres matriarcales, et agit parallèlement telle une carte métaphorique des distances parcourues par les communautés autochtones au cours des siècles. Elle fait écho à la création des réserves par le gouvernement canadien ayant forcé la nation algonquine anishinabeg à être déplacée du territoire d’Oka vers Maniwaki, afin de convertir le territoire en seigneuries et de brûler les forêts pour la culture des terres. Dans cette perspective, si la mention « Lot #X » du titre et les découpages horizontaux de la composition renvoient aux nombreux lots de terre délimités après ces conversions, les éléments graphiques évoquant des flèches font allusion aux déplacements forcés des peuples autochtones. À cela s’ajoute l’emploi de la pyrogravure, suggérant implicitement les terres brûlées. Le rappel de ces faits sombres de l’histoire est ici consolidé par l’origine du support en cèdre blanc, qui provient du territoire de Maniwaki. L’usage d’un répertoire visuel traditionnel autochtone s’offre en tension avec l’emploi de certains codes associés à la peinture occidentale, notamment le format paysage, le principe du all-over et la mise en espace au mur. Cette tension n’est pas anodine : en articulant les vocabulaires autochtones et allochtones, Caroline Monnet met l’accent sur la persistance du langage visuel propre à sa culture tout au long de l’histoire, mais aussi sur l’histoire de l’art qui, depuis peu, s’ouvre davantage à l’art non occidental.

Tout en honorant son héritage culturel et familial, l’artiste engage, à travers des stratégies visuelles, un dialogue avec son identité de femme autochtone à l’ère contemporaine. Par une relecture singulière de ses racines algonquines et une volonté de mettre en lumière la gravité d’un pan important de l’histoire coloniale, elle témoigne de la résilience de la culture autochtone aujourd’hui. Les indices de cette rencontre entre le passé et le présent trouvent également des similitudes formelles entre la composition de l’œuvre et celle des puces électroniques qui, en informatique, permettent l’enregistrement de données, une analogie renvoyant par extension aux modes de conservation des données historiques issues de ses ancêtres.

L’œuvre s’inscrit dans un corpus au sein duquel les motifs ancestraux servent de fils conducteurs, permettant de développer une diversité de thèmes liés à la lecture de l’histoire et à l’identité autochtone à l’époque actuelle. En regard des lignes de force qui traversent la pratique de Caroline Monnet, Lot #X - Front de la Rivière Désert illustre avec finesse le savant équilibre, à la fois formel et conceptuel, que l’artiste a su développer au fil du temps.

Sujets :
Allégorie; Histoire; Société et Identité; Citation; Ornementation
Mention de provenance :
Achat, grâce à la générosité de la Fondation Ariane & Réal Plourde
Collection :
Collection Musée d’art contemporain de Montréal
Art contemporain québécois
Date d’acquisition :
2019
Numéro :
A 19 1 TM 1
API :
api/oeuvres/a-19-1-tm-1, s’ouvre dans une nouvelle fenêtre

Image

Photo de l’œuvre Lot #X - Front de la Rivière Désert de Caroline Monnet (Afficher en plein écran)
© Caroline MonnetPhoto : Richard-Max Tremblay